« Du paysage à l’échantillon : enseigner la géologie en salle immersive »
Utiliser une salle d’immersion virtuelle en géologie : un levier pour enseigner autrement les sciences de la Terre
par Elodie Raphat et Magali Quinanzoni-Stenger
En géologie, les élèves sont souvent confrontés à des objets difficiles à appréhender : ils sont vastes, anciens, complexes, et rarement accessibles directement depuis la salle de classe. C’est dans cette perspective que la salle d’immersion virtuelle de l’université Marie et Louis PASTEUR (Besançon, 25) offre un support particulièrement intéressant pour l’enseignement des sciences de la Terre.
Classes concernées : Première et Terminale Spécialité SVT
Localisation du site : Salle immersive, établie au cœur du Learning Center Claude Oyatana (BU Sciences Sports) du campus de la Bouloie, Route de Gray, 25000 Besançon
Qu’est-ce que la salle immersive ?
La salle immersive est une salle avec des images projetées sur 3 murs permettant de se sentir au cœur des images et pouvant accueillir jusqu’à 18 personnes. Elle s’inscrit dans des projets d’innovation pédagogiques développés au sein de l’Université Marie et Louis Pasteur de Besançon. Ces projets reposent sur la création et le partage de ressources numériques destinées à l’enseignement et à la recherche :
- visites virtuelles,
- expériences immersives,
- collections géologiques numérisées,
- ou encore productions réalisées par des étudiants.
Intégré à un environnement pédagogique associant Learning Centre, Openlab et salle d’immersion, le site web ViRtueL (Virtual Reality for e-Learning) ouvre de nouvelles possibilités pour explorer les objets et les terrains géologiques, notamment en lien avec les enjeux de transition énergétique et environnementale.

Que faire avec des élèves du Secondaire dans la salle immersive ?
Grâce à ce dispositif, les élèves peuvent être projetés dans des environnements géologiques remarquables, comme le Chenaillet, le Queyras ou certains paysages de la région de Besançon. Il ne s’agit pas de remplacer le terrain, mais de mieux le préparer, de l’accompagner ou d’en prolonger l’étude.
La salle immersive permet :
- d’observer collectivement un paysage, de s’y déplacer virtuellement, de zoomer ;
- de repérer des éléments significatifs, certaines ressources telles que des échantillons étant numérisés (cartes géologiques, schéma structural du paysage, échantillons macroscopiques 3D, lames minces de roche, etc…)
- de formuler des hypothèses puis de les confronter à des données, telles que des données de terrain qu’on peut apporter dans la salle.
- Favoriser l’échange entre les élève et développer la prise de parole
Elle place ainsi les élèves dans une démarche proche de celle du géologue : regarder, décrire, comparer, mettre en relation et élaborer progressivement une explication.
Actuellement (2025-2027) un projet RITM pour la pédagogie innovante nommé VirtuAlps (https://geosciences.umlp.fr/pedagogie-innovante-2/le-projet-virtualp/) est en cours. Ce projet vise à renforcer le lien secondaire – supérieur tout en facilitant l’apprentissage des notions tectoniques du programme de lycée dont des exemples se trouvent dans les Alpes.
Quels sont les avantages d’une telle activité ?
L’un des apports importants de cet outil concerne le travail sur les échelles d’observation. En sciences de la Terre, les élèves doivent sans cesse passer d’un niveau à un autre : minéraux, roches, affleurements, structures tectoniques, paysages, cartes ou modèles globaux. L’environnement immersif facilite ces passages. Il permet de partir d’une vue d’ensemble, puis de focaliser l’attention sur une zone précise, un affleurement ou un indice particulier. Lorsque cette approche est associée à la manipulation d’échantillons réels, la roche observée en classe prend davantage de sens : elle n’est plus un objet isolé, mais une trace replacée dans un contexte géologique plus large.
Sur le plan pédagogique, Le caractère visuel, collectif et interactif du dispositif suscite l’engagement et la curiosité et encourage les échanges. Les élèves peuvent questionner un paysage, identifier des zones d’intérêt, comparer plusieurs indices ou discuter différentes interprétations. Cette mise en activité les amène progressivement à adopter une posture d’enquêteur scientifique plutôt que celle d’un simple spectateur. L’intérêt ne tient donc pas seulement à l’attrait du numérique, mais à la possibilité de vivre une situation d’apprentissage proche d’une investigation de terrain.
Sur le plan didactique, ce type d’environnement aide à rendre plus explicites les gestes intellectuels propres aux sciences de la Terre. Lire un paysage géologique suppose d’apprendre à distinguer la description de l’interprétation, à repérer ce qui n’est pas immédiatement visible, notamment sous le couvert végétal, et à sélectionner les indices pertinents. L’enseignant peut alors guider le regard, faire verbaliser les hypothèses, organiser des confrontations entre groupes et revenir aux échantillons, aux cartes ou aux documents pour étayer les raisonnements.
Comment organiser une séance ?
La conception des séances repose sur un travail conjoint entre universitaires et enseignants du secondaire, par exemple dans le cadre du dispositif « Une classe Un chercheur ». Les premiers contribuent à l’identification des sites, des objets géologiques et des données scientifiques mobilisables. Les seconds assurent la transposition de ces ressources en situations d’apprentissage adaptées aux programmes de première et de terminale spécialité SVT. Cette collaboration permet d’articuler les contenus scientifiques, les objectifs de formation, les obstacles possibles pour les élèves et les modalités concrètes de mise en activité. L’usage de la salle immersive prend alors tout son sens en s’inscrivant, par exemple, dans les thématiques des programmes de spécialité SVT :
- une immersion au Chenaillet pour travailler sur les indices d’une ancienne lithosphère océanique et sur son devenir dans une chaîne de montagnes et un saut de puce vers Le Queyras offre un support pertinent pour interroger les marqueurs pétrologiques et tectoniques de l’histoire alpine.
- Les paysages de la région de Besançon permettent, quant à eux, d’ancrer les apprentissages dans un contexte local, à partir de l’observation des reliefs et des objets géologiques qu’ils présentent à différentes échelles.
- d’autres objets emblématiques des Alpes, comme le front pennique au niveau du Col du Galibier (vue depuis le Col du Lautaret) sont en cours d’élaboration.
